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Cela faisait longtemps que les fans de Prince réclamaient la sortie d'un live officiel. Comment comprendre en effet que l'un des plus grands performers de l'histoire du disque n'ait jamais sorti d'enregistrement live, malgré le fait qu'il fasse partie du Top 5 des artistes pour lesquels il existe le plus grand nombre de disques pirates?! L'attente était à la mesure de l'événement. La tournée jazzy "One Nite Alone", encencée par la critique et par les fans, fut le moment choisi par Prince pour sortir son premier album live en 25 ans de carrière. Enregistré en mars et avril 2002 lors de la partie américaine de cette tournée, le triple CD "One Nite Alone... LIVE" comprend des extraits de différentes villes : Portland, Indianapolis, Washington DC, Lakeland, Los Angeles, Oakland, Seattle et Houston. Le troisième disque, qui contient des extraits d'aftershows, est principalement basé sur les dates de New York et Los Angeles. Sur les deux premiers disques, c'est le show de Portland (le dernier de la tournée US) qui est majoritaire. Malgré cette diversité de lieux d'enregistrements, l'ensemble du coffret fait preuve d'une remarquable cohérence musicale et technique. En écoutant le CD, on a l'impression qu'il s'agit d'un seul et unique concert. C'est même plus précis que cela, car les fans experts auront relevé que le morceau "Xenophobia" par exemple, bien qu'indiqué comme étant originaire de Portland, a été mélangé avec des parties du même morceau en provenance du show d'Indianapolis. Il n'est donc pas exclu que d'autres montages de ce genre aient eu lieu sur d'autres titres du coffret. A propos du coffret proprement dit, Prince a vraiment gâté ses fans. La grande boite est luxueuse et de très bonne facture, elle contient le double CD ("One Nite Alone... LIVE") et le troisième CD sous une forme séparée ("It Ain't Over... The Aftershow"). Bien que chaque CD dispose d'un livret propre, quoique relativement succint, un impressionant livret de 56 pages en papier glacé figure également dans le coffret. Comprenant de superbes photos, des commentaires de fans sur les concerts et des annotations des membres du groupe, il enfonce littéralement les meilleures productions pirates qui nous avaient pourtant habitué à du très bon, ces dernières années. Plus anecdotique, un mini poster de Prince à la guitare est aussi présent dans le coffret.
Plongeons nous sans plus attendre dans la découverte du double CD live. Le programme présenté ici est brillant. Il résume parfaitement l'esprit de la tournée américaine : un début jazzy à souhait comprenant plusieurs morceaux de l'album "The Rainbow Children", ainsi que des titres moins connus mais réarrangés d'une subtile façon jazz. Le son est absolument sidérant : clair, précis, majestueux... la encore les meilleurs disques pirates sont largement surpassés. Chaque titre apporte son lot de superlatifs, pour des raisons si nombreuses qu'il est difficile de toutes les évoquer ici. Sur le premier disque, notons une mention toute particulière à "Xenophobia" - monstrueux groove jazz / funk de plus de 11 minutes, "Extraordinary" - petite perle oubliée d'un album de deuxième catégorie ("The Vault"), magnifiée dans une interprétation jazz qui fait poser genou à terre. Le disque alterne entre solos de guitare interprétés librement, parties de cuivres brillantes livrées selon l'humeur et la présence des différents artistes (Maceo Parker, Greg Boyer, Candy Dulfer, et Najee), sans oublier les attaques terrifiantes de Rhonda Smith à la basse et les délires électroniques de Renato Neto aux claviers. Grandiose. N'oublions pas John "la pieuvre" Blackwell qui étonnera plus d'un batteur renommé. Plus le show avance, et plus le coté jazzy fait place a un doublé Soul / Funk du meilleur effet, qu'il s'agisse de demi-tubes revisités ("Take Me With U", "Rasberry Beret", "When You Were Mine", "Strange Relationship") ou de nouveaux titres joués au plus profond ("Avalanche", "The Everlasting Now"). A aucun moment, Prince et son groupe ne sonnent passéistes : les nouvelles interprétations sont faites de solos finement placés, ces arrangements apportent une fraicheur telle aux morceaux anciens qu'ils sont beaucoup plus que de simples reprises. Le disque se situe exactement au carrefour du jazz, du swing, de la soul et du funk. Chacun y trouvera son compte et même bien plus. On arrive d'ailleurs rapidement à la conclusion que "One Nite Alone... LIVE" n'est pas un disque en concert comme les autres. C'est en réalité un album jazz à part entière, que le public soit là n'a en réalité que peu d'importance. Il peut être considéré comme un instrument parmis d'autres, et il est souvent en retrait dans le mix. C'est un album jazz enregistré en une seule prise, à peine retouché en studio, comme les albums des premierz jazzmen. Excellement calibré, le double CD ne peut toutefois être envisagée qu'en écoute continue. Le deuxième CD ne comporte en effet que quelques titres péchus avant de se tourner vers le medley piano qui cloturait les concerts de la tournée. Et la encore, il convient de ne pas sombrer dans la facilité : chant majestueux, interprétations brillantes, choix des titres judicieux pour en arriver à un "Anna Stesia" d'anthologie, tout à fait à la hauteur de la réputation du morceau. A la fin du double, on est comme a la sortie des concerts : soufflé.
Allez, on embraie pour le troisième CD : celui de l'aftershow. Et là d'entrée de jeu c'est la perle, la claque majeure du coffret : "Joy In Repetition". Rappelons que ce morceau initialement enregistré en 1986 est sorti, pas du tout à sa place, sur l'album "Graffiti Bridge". Après une version live faite en 1996, originale mais un peu faiblarde, nous la retrouvons en 2002. Extraite de l'aftershow au club The World de New York, avec quand même Larry Graham (basse), Maceo Parker et Candy Dulfer au sax, cette version est monumentale. Comme si chacun des musiciens avait été touché par la lumière divine. Après cela, la version studio parait si blême qu'il sera probablement impossible de l'écouter a nouveau. Le CD comporte deux autres extraits de ce même concert de New York : un jam avec George Clinton ("We Do This") et un medley avec Musiq (Souldchild). Ces deux prestations dénaturent un peu le coffret - le maitre du funk n'a plus qu'une voix d'outre tombe, et la prestation de Musiq, si elle est correcte, ne restera pas dans les annales. Mais qu'importe, tout cela est sensiblement édité et passe assez rapidement, et puis les solos de guitare ou de cuivres nous rappellent vite quel groupe est derrière. Suivent alors les jams habituels des aftershows... les titres sont listés : "2 Nigs United 4 West Compton", "Peach", "The Ballad Of Dorothy Parker" ou "Girls & Boys" - mais vous ne reconnaitrez pas grand chose de ces chansons. Laissez vous plutôt transporter par ces grooves magiques qui montrent une nouvelle facette de cet artiste hors du commun : sa propension à jammer comme jamais aucun autre ne l'a fait avant lui, même l'inventeur du groove en la personne de George Clinton lui-même. Non seulement c'est grandement improvisé, mais en plus les instruments se placent magnifiquement, les solos sont à tomber... être musicien et jouer avec Prince doit être une expérience hors du commun. Qu'il a du être difficile de résumer plusieurs aftershows renfermant des heures de jams hallucinants en un seul CD d'un peu plus d'une heure... Alors c'est certain on reste un peu sur sa faim, et l'édition des morceaux est plus perceptible que sur le double CD. Mais au final, ce coffret "One Nite Alone... LIVE" est brillant, et il vient confirmer qu'après un splendide album comme "The Rainbow Children", Prince continue dans la même lignée. Pour sur, Prince a terminé sa prétendue traversée du désert et prenez garde, vous pourriez facilement redevenir "addictive" au Purple Genius. En ce qui concerne l'aspect commercial, notons en premier lieu que ce coffret a été distribué aux membres Premium du NPGMC version 2002, au titre des 4 CD devant être livrés dans l'année. Ce qui fut l'objet d'un début de colère de la part des fans, puisque Prince termine son contrat "simplement" avec un triple album live. Heureusement, la qualité de la livraison vient largement contrebalancer les quelques déceptions. Le coffret est également sorti dans le commerce, et s'agissant du seul album live de l'artiste, les ventes ont été honorables et se montent à quelques centaines de milliers d'exemplaires. Pas mal pour un triple CD vendu $59!
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