Discographie
Fiche Technique
The Rainbow Children
Titre The Rainbow Children
Période d'enregistrement deuxième semestre 2000 et premier trimestre 2001
Date de sortie

17/10/2001 (mp3)
20/11/2001 (CD)

Label NPG Records / Redline Entertainment
Formats disponibles MP3 / CD / double LP
Contenu

01. Rainbow Children
02. Muse 2 The Pharoah
03. Digital Garden
04. The Work, Pt 1
05. Everywhere
06. The Sensual Everafter
07. Mellow
08. 1+1+1 is 3
09. Deconstruction
10. Wedding Feast
11. She Loves Me 4 Me
12. Family Name
13. The Everlasting Now
14. Last December

Singles

The Work Pt1 / U Make My Sun Shine
She Loves Me 4 Me (Promo et mp3 only)

"The Rainbow Children" marque un nouveau tournant dans la stratégie de Prince et ouvre une ère jazzy sans précédent. Sans se soucier des formats traditionnels auxquels l'industrie du disque nous a habitué, ce nouveau LP est un chef d'oeuvre qui fait date dans la discographie de notre homme. Cette recherche de la liberté a eu lieu par tâtonnement les années précédentes : un "Rave Un2 The Joy Fantastic" trop cadré, un album "High" diffusé sur internet via le NPGMC... Finalement la mise en place d'un nouveau groupe comprenant John Blackwell à la batterie, Rhonda Smith à la basse et Renato Neto aux claviers (ex. Sheila E & The E Train), va permettre à Prince de décupler son inventivité et d'enregistrer quasiment seul ce disque grandiose. Accessoirement, c'est aussi le premier album revenant sous le nom de "Prince".

Comme "Sign O The Times" l'a été en son temps, "The Rainbow Children" regroupe en un seul disque un nombre ahurissant de caractéristiques originales, qui lui confèrent une maturité et une évidence telles qu'on se demande comment Prince a bien pu faire pour en arriver là. C'est exactement le même sentiment que l'on éprouvait en découvrant les uns après les autres ses albums des années 80. Nous sommes donc bien en présence du grand retour de Prince.

Prince a ainsi créé un univers totalement original pour ce disque, s'appuyant sur certains membres de son fantastique groupe, dont l'inégalable John Blackwell à la batterie, et les choeurs de Millenia (un groupe de quatre filles). La musique est très recherchée et ne comporte aucune tentative de récupération des auditeurs de radios commerciales. Cet album a été créé en totale liberté, sans chercher à être calibré pour tel ou tel public, ou telle ou telle radio...

L'album raconte une histoire dont l'unité avec la musique est stupéfiante. Les deux sont indissociables et il serait stupide d'écouter l'album en mode 'shuffle' (aléatoire). La voix grâve du narrateur, souvent controversée, s'efface comme par magie après quelques écoutes pour laisser place à la musique, et l'on n'y prend même plus garde. A ce titre, l'album rappelle "Lovesexy" pour lequel Prince avait fait de la version CD une seule plage de 45 minutes.

Le disque est construit comme une pièce thématique et musicale, mais sans sombrer dans le coté facile des comédies musicales. Plusieurs passages instrumentaux traversent l'album, avec une guitare à la Santana, très mise en avant. L'évolution des arrangements au cours de l'écoute surprend de nombreuses fois. Le son fait très live, mais la technique informatique donne par moment une nouvelle dimension, un son unique, inspiré, en se mélant directement à l'instrumentation réelle sans surenchérir gratuitement.

Les 30 premières minutes de l'album sont tout à fait remarquables (nouveauté jazzy électrifié, guitare seule, soul finement funky, gospel de comédie musicale, le tout enrobé d'une évidence mélodique et musicale). C'est en arrivant à "1+1+1=3" que l'on a un air de déjà entendu, et la comparaison avec "Erotic City" est difficile a éviter.

La suite ne déçoit pas pour autant : "Family Name" est un extraordinaire groove de funk déconstruit à la Sly Stone, et rappelle le travail réalisé sur le "Black Album". L'album se termine par deux chansons de huit minutes chacune : "The Everlasting Now" qui est le stéréotype de la grosse chanson funky ou du jam de fin de concert, surproduite, pas très surprenante, mais qui évolue vers des solos efficaces, et "Last December" qui laisse apparaitre une certaine niaiserie au premier abord, mais qui elle aussi évolue vers quelque chose de plus mélodique.


"The Rainbow Children" est aussi un vibrant hommage à la musique Soul, mais si Prince emprunte à ses ainés il ne sonne à aucun moment passéiste. C'est le premier disque de Prince qui sonne aussi vintage 70's à mort - piano électrique, guitare wha-wha, batterie prise live sans effets, chorus de sax, flûte... La pochette est aussi dans le ton, qui renvoie à Marvin Gaye, Donny Hattaway et Curtis Mayfield. La musique comporte de hommages très littéraux à des maîtres passés : Ray Charles, le Miles de Bitches Brew, James Brown, Sly Stone, Santana et Prince lui-même. TRC est un disque qui s'inscrit dans une tradition. Ca veut dire qu'ici, Prince renonce à vouloir sonner contemporain. Mais là où certains se contentent de décalquer les formes d'un âge d'or, Prince semble vouloir reprendre les choses où elles en sont restées pour poursuivre un travail laissé en plan. C'est cela qui est ambitieux. La volonté de reprendre à son compte une tradition - en gros celle de la soul music - pas pour l'empailler, mais pour la faire revivre. Cela se ressent surtout sur "The Work" : puique plus personne n'en est capable, je vais faire le boulot - c'est a dire groover comme les JBs (et ça n'est pas une mince affaire).

Vous pouvez lire ici une description détaillée titre par titre de cet album.

Fourni avec une promo également originale - des singles distribués uniquement sur internet, sans clip, sans publicité - "The Rainbow Children" veut manifestement conquérir par la seule qualité de sa musique. Les ventes furent très faibles (à peine 150 000 exemplaires vendus dans le commerce, ce qui le place au même niveau qu'un "Chaos And Disorder"...) mais la critique a littéralement encensé cet album, ce qui a permi à Prince de revenir dans le coeur des fans et de prouver qu'il peut encore être très inventif.

[note : ce texte comprend des commentaires inspirés de fans]